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Dépression, risque pondéral et prise en charge en réseau

Par le Pôle psychologique de la Clinique du Château du Tremblay, en collaboration avec RESEDIA

Contrairement aux idées reçues, la dépression, à son premier stade, n’entraîne pas, dans la majorité des cas, de prise de poids, et les dépressions ne sont pas plus fréquentes chez les obèses que dans le reste de la population. La prise de poids est souvent associée à la dépression dans l’inconscient populaire et médical alors que l’obèse apparaît comme une personnalité joviale, s’épanouissant dans une consommation alimentaire pléthorique. Quelles réalités correspondent à ces images contradictoires ?
Dans son stade initial, la dépression est caractérisée par une triade symptomatique : insomnie, anorexie et perte de poids. Une réduction pondérale d’au moins 5% en un mois est l’un des critères diagnostiques du syndrome dépressif. Cependant ces signes peuvent être inversés : de fréquence jusqu’alors mal connue, la triade hypersomnie, hyperplasie et prise de poids au stade initial de la dépression, était essentiellement décrite dans les formes particulières de dépression atypique, de boulimie et surtout de dépression saisonnière durant l’automne et l’hiver en relation avec une hyperplasie sucrée fréquente chez les femmes.

Est-ce que le régime est une cause de dépression ?

Des études effectuées dans les années 50-60 suggéraient une relation entre régime restrictif et dépression. Les résultats s’expliquaient en partie par des insuffisances méthodologiques et par le large emploi fait alors des extraits thyroïdiens et des anorexigènes (dont l’arrêt provoque une dépression). De nombreuses études récentes et contrôlées infirment ces travaux. Elles montrent l’absence de détérioration psychologique par le régime et même souvent une amélioration en relation avec la perte de poids. La variation cyclique du poids ou la reprise pondérale ne sont pas associées à une fréquence accrue des dépressions. Certains cas particuliers font exception : syndromes de restriction chronique et surtout frénésie alimentaire (Binge Eating Disorder). Des régimes très restrictifs (moins de 1000 kcal/jour) ou des amaigrissements massifs secondaires à un traitement chirurgical pourraient ne pas être anodins, surtout chez des patients en situation psychologique fragile.

Secondairement les traitements antidépresseurs comme nous le constatons dans l’article du Docteur FOURNIER de la Clinique Château du Tremblay provoquent de fréquents accroissements pondéraux. Mais est-ce que l’obésité en elle-même est source de dépression ?
Pendant de nombreuses années, on a pensé que les obèses possédaient des personnalités dépressives ou des pathologies psychiatriques expliquant leur surpoids, l’excès d’alimentation étant à l’époque considéré comme une réaction au stress psychologique. Cette notion n’a pas résisté aux nombreuses études contrôlées effectuées récemment. Néanmoins, les patients et leur entourage ont un vécu extrêmement négatif du surpoids. Rand et Mc Gregor ont montré que 47% des patients ayant maigri à la suite d’une intervention chirurgicale préfèreraient devenir sourds, aveugles, dyslexiques, diabétiques, coronariens ou avoir de l’acné plutôt que de revenir à leur statut d’obèse. Ce vécu très négatif est encore renforcé par l’entourage, qui considère les obèses comme fainéants, sans volonté et tricheurs. Sur un plan professionnel, les obèses sont très souvent rejetés par les employeurs. Malgré cet environnement, le nombre de dépressions sévères n’est pas plus élevé chez les obèses que dans le reste de la population, mais leur humeur est indiscutablement altérée par le regard des autres. Cette situation fréquente, notamment chez la femme aux environs de la cinquantaine, nécessite une prise en charge autant psychologique que diététique. En cela l’association RESEDIA est un relais exceptionnel sur notre département en post soin pour certains patients de la clinique du Tremblay. L’association Résédia est un réseau de santé, qui accompagne les enfants et adultes en situation de surpoids,obésité et/ou diabète dans des parcours de soins et programmes d’éducation thérapeutique.

En conclusion, au-delà des enseignements des études et des statistiques, la recherche de l’attitude thérapeutique la mieux adaptée au patient doit toujours tenir compte des éventuels effets secondaires qu’il faudra anticiper ou détecter. Le travail en réseau est un atout majeur comme celui qui peut s’instaurer entre la clinique, les médecins et RESEDIA. Ne pas reconnaître une dépression lors d’une prise pondérale ou proposer des restrictions caloriques trop sévères dans un contexte de comportement alimentaire perturbé peuvent avoir des conséquences très négatives. Ces effets seront d’autant mieux contrôlés qu’ils auront été recherchés et évoqués avec le patient lors de la consultation initiale.

En savoir plus sur Résédia :

L’association propose la prise en charge par des professionnels de santé qui associe un suivi diététique et psychologique en consultations individuelles et avec des ateliers collectifs formés. Ce sont des professionnels de santé libéraux (diététiciens, psychologues…) et une éducatrice en activité physique adaptée. Résédia est un soutien, un relais pour les patients et leur permet ainsi de recréer du lien social, notamment en les faisant participer aux groupes d’activité physique adaptée, aux séances de relaxation. Le patient peut ainsi retrouver l’estime de soi et rompre l’isolement. Résédia travaille aussi avec des partenaires (exemple : ESGO : atelier cuisine, activité danse).

Téléphone : 03.86.36.59.74
Adresse : 72 route de Marzy – 58000 Nevers
Mail : resedia@orange.fr
http://resedia.bourgogne-sante.fr

 

Bibliographie
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RAND C S et MAC GREGOR A M – Morbidly obese patients’ perceptions of social discrimination before and after surgery for obesity. Southern Medical Journal [1990, 83(12):1390-1395]
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chapitre 29 : p. 352-360.