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La prise en charge cognitivo – comportementale de l’adolescent

Par Gaëlle ICHIZA et Laurinda RADOIR, Psychologues à l’unité pédopsychiatrie

Considérant les modalités d’accueil d’une hospitalisation, notre pratique se doit de s’adapter au principe de réalité du fonctionnement institutionnel, tout en respectant les capacités psychiques du jeune et des personnes qui l’entourent.
L’évaluation psychologique de l’enfant et de son contexte social et familial, constitue la première étape d’une prise en charge pluridisciplinaire. Ainsi, les partenaires et les différentes institutions qui gravitent autour du jeune apparaissent d’emblée comme des interlocuteurs privilégiés. Dès lors, au travers des informations collectées par les différentes institutions, par les rencontres avec la famille et par les entretiens avec le jeune ; nous proposons une lecture de l’histoire de l’enfant, de son développement psycho affectif, cognitif et de ses troubles.
Par le biais de différentes inspirations complémentaires (systémiques, comportementales, psychanalytiques), il s’agit de s’interroger sur le rapport que le patient entretient avec le symptôme, sur la conscience de ses troubles et du motif de son hospitalisation. Dans un cadre collaboratif, nous explorons l’histoire du patient et celui du symptôme, ce qui nous aide à formuler des hypothèses et d’apporter du sens aux manifestations comportementales des patients ; manifestations que l’on nomme « passage à l’acte » et considéré comme un court-circuit de la pensée où l’impulsivité et l’angoisse prend le dessus sur le sens et la réalité.
Au travers de différentes rencontres, et avec la création d’une alliance thérapeutique après du patient et de son environnement social et/ou familial, nous tentons de mettre en exergue toutes les potentialités du jeune et de son entourage. Au fur et à mesure des rencontres et par le biais d’échelles et d’outils thérapeutiques, une nouvelle lecture du symptôme s’avère plus accessible au patient et nous permettra de poursuivre, ou de mettre en place, un travail thérapeutique.

 

Dans certains cas, une approche de type cognitivo-comportementale peut être proposée aux patients. Cette approche concrète et interactionniste envisage le comportement de l’individu comme le résultat de l’interaction entre différentes variables : biologiques, génétiques, familiales, sociales, culturelles et environnementales. Mettant l’accent sur la modification des comportements et des cognitions, et centrée sur « l’ici et le maintenant », l’objectif est ainsi d’affronter et d’éliminer les conduites inadéquates afin de favoriser et de renforcer de nouveaux comportements plus adaptés.
Pour exemple, face à un patient souffrant d’attaques de paniques, il s’agirait d’effectuer une analyse précise du comportement afin de se saisir des facteurs déclenchants et de maintiens, aussi bien sur les plans d’ordre cognitifs, comportementaux et physiologiques. Par ailleurs, la prise en charge s’attachera à explorer ses trois dimensions afin d’atteindre des objectifs précis. Bénéficiant des techniques thérapeutiques diverses, le patient va prendre conscience de son trouble, et va peu à peu apprendre à contrôler et maîtriser ses réactions grâce à des techniques respiratoires, un travail sur la cognition, les biais cognitifs et sur le comportement au travers de méthode d’exposition (en imagination ou in vivo). A noter que le but fondamental est de permettre au patient d’apprendre des stratégies nouvelles, de percevoir une efficience personnelle et de modifier sa croyance quant à ses capacités à agir et faire face aux obstacles de son environnement.

Dans d’autres cas, et/ou en complémentarité, nous opterons pour une approche plus analytique. Une approche qui prendra en compte l’histoire individuelle du patient, les évènements traumatiques qui jalonnent son histoire, les relations primaires tissées ou non, le développement psychique qui lui est propre et qui l’ont mené à développer ce symptôme. Ici, nous nous attacherons à resituer le symptôme dans le parcours de vie du patient. Nous nous attacherons à considérer le symptôme et la crise dans le but de l’enrailler, mais aussi et surtout afin de comprendre en quoi elle est utile pour le patient, en quoi ce symptôme ou cette crise vient s’exprimer comme étant finalement un moindre mal pour lui. Cela, nous l’analysons au niveau individuel et intrapsychique, mais aussi à un niveau plus large : au niveau du système familial et social du patient. Pour reprendre les termes de Mony Elkaïm (1995) à propos de Bateson, pionnier de l’analyse systémique : « [Ce dernier] ne s’est pas demandé pourquoi cette personne-ci se comporte de manière folle. Il s’est demandé dans quel système humain, dans quel contexte humain ce comportement peut faire sens. ». Nous nous intéressons ainsi, d’une part, à la façon dont le patient agit sur le système qui l’entoure, et d’autre part, à la façon dont ce dernier agit sur lui. Nous ne nous contenterons pas seulement de nous limiter aux hypothèses diagnostiques et à l’éradication du symptôme, mais bien d’effectuer un « va et vient » entre le monde intérieur individuel du patient et sa vie interactionnelle (Goldbeter-Merinfeld, 2010). Comprendre, et éclairer le sujet sur l’apparition des symptômes à ce moment-là, dans l’environnement qui est le sien et étant donné son fonctionnement psychique.

Notre pratique s’attache alors à ouvrir la possibilité pour le patient de traduire le symptôme qui le fait souffrir, le traduire au niveau intrapsychique, au niveau cognitif et au niveau du système. Faire en sorte de favoriser un retour à l’équilibre et permettre au patient de s’adapter dans les différents contextes où il évolue (Landry Balas, 2008).

Bibliographie :

Pr. Philippe Duverger. Passages à l’acte et violence à l’adolescence
Pr Ovide FONTAINE et du Dr Phillipe FONTAINE (2011). Guide clinique de thérapie comportementale et cognitive.Paris.Retz
Édith Goldbeter-Merinfeld, « Approches analytiques, approches systémiques : Quels ponts ? Introduction », Cahiers critiques de thérapie familiale et de pratiques de réseaux 2010/2 (n° 45), p. 5-14.
Louise, L. B. (2008). Approche systémique en santé mentale. Les Presses de l’Université de Montréal.
Elkaïm, M. (1995). Panorama des thérapies familiales. Paris. Edition du Seuil.