back-home dépression hormonale

Le déséquilibre hormonal, une piste négligée chez la patiente dépressive.

Par le Dr EL AMEEN, Psychiatre et Bruno MARTIN, Psychologue

En psychologie, plusieurs théories ont été développées pour expliquer la dépression. Mais il peut arriver que les causes psychologiques ne semblent pouvoir rendre compte à elles seules de l’ampleur des symptômes de la patiente.

 

Il est alors intéressant d’émettre d’autres hypothèses. Plus spécifiquement, la piste hormonale est souvent négligée. Les déséquilibres hormonaux sont beaucoup plus importants que l’on peut penser à première vue et il apparaît utile d’étudier ce phénomène pour mieux le comprendre. On sait que plusieurs hormones ont une influence importante sur l’humeur. Entre autre, on retrouverait dans le sang des déprimés un taux anormalement élevé de cortisol sécrété par les surrénales, ces glandes responsables de la gestion du stress. Soumises à un stress permanent de quelque nature que ce soit, les surrénales sécrètent des grandes quantités de cortisol. Pour satisfaire la demande , le corps utilise la progestérone pour fabriquer encore plus de cortisol. Ce phénomène bloque la production des autres hormones stéroïdiennes, dont les œstrogènes. Ce besoin supplémentaire en cortisol entraîne un surmenage des glandes surrénales à long terme Chez les femmes, qui développent des symptômes de dépression, on ne met pas nécessairement en cause le déséquilibre hormonal à n’importe quelle période de la vie, surtout avant la ménopause, et elles se font alors prescrire des anti- dépresseurs. Souvent ceux-ci n’ont que peu d’effet sur leur qualité de vie et peuvent induire des effets secondaires importants. Cette médication ne peut pas à elle seule corriger le problème de fond, soit le déséquilibre hormonal. Dans la plupart des cas il s’agit d’un déséquilibre entre œstrogènes et progestérone. . Un excès d’œstrogène comme une déficience peut amener tout un cortège de symptômes tous plus difficiles les uns que les autres à vivre.

 

La déficience en oestrogènes, par exemple, change l’action de nombreux neurotransmetteurs dans le cerveau dont l’adrénaline, la sérotonine, la dopamine et le GABA et favorise ainsi l’apparition de la dépression. Entre trente-cinq et quarante-cinq ans, la femme passe à travers une période où les facteurs extérieurs et le mode de vie peuvent plus facilement influencer son cycle hormonal, puisqu’il a déjà commencé à subir une baisse plus ou moins importante de production .Après un certain temps, la chute du cortisol est inévitable et cela plonge la femme dans un cercle infernal. Après des années d’efforts pour répondre aux exigences d’un stress chronique, les surrénales sont grandement affectées. Elles augmentent de volume et subissent un processus inflammatoire qui entraîne la mort des cellules de la glande. Celle-ci, même si elle présente à priori a de grandes réserves d’énergie, finit par s’épuiser et les symptômes apparaissent lorsque environ 90% de la masse glandulaire est morte. En médecine, on parle alors d’une insuffisance surrénalienne modérée. L’état d’épuisement des surrénales conduit à des symptômes qui varient de la simple fatigue, à la faiblesse musculaire, l’hypotension, la pigmentation excessive de la peau, les allergies, l’incapacité à faire face au stress, une faible résistance aux maladies et peuvent aller jusqu’à la dépression.

 

La dominance en œstrogène crée un autre type de dépression dite « agitée » observée par le Dr John Lee aux Etats Unis. Il ne s’agit pas forcément d’une quantité d’œstrogène en surproduction mais d’une chute de progestérone qui provoque un ratio déséquilibré entre les deux hormones. C’est alors une dépression sous forme anxieuse qui provoque une hypervigilance à tout évènement. Il s’agit alors de rétablir ce ratio en introduisant un traitement hormonal substitutif.
De nouvelles études cherchent à préciser le mécanisme précis en particulier des actions de l’œstrogène sur le cerveau . Chez l’humain, la découverte de la relation entre les oestrogènes et les mécanismes sérotoninergiques dans des régions du cerveau impliquées dans le contrôle de l’humeur, l’état mental la dépression et la mémoire, a des implications importantes pour l’emploi correct du traitement correctif hormonal, soit seul, soit en conjonction avec des drogues psychotropes conventionnelles.

Bibliographie :
– British Society for Neuroendocrinology et Société de Neuroendocrinologie : traduction, Andrée Tixier-Vidal, UMR 7101 CNRS, Université Pierre et Marie Curie, Paris
– George Fink MRC Brain Metabolism Unit, Departement de Neuroscience, Université d’ Edinburgh
– Travaux du Docteur John Lee : Diplômé de Harvard, le Dr Lee a fréquenté l’école de médecine de l’Université du Minnesota , précurseur des traitements hormonaux s’appuyant sur la progestérone bio identique.