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Paranormal et théories du complot

Par Charles Louis Elot, Psychologue

Les troubles psychotiques se caractérisent par une perte du contact avec la réalité et le monde qui nous entoure devient étrange. Loin de ce tableau clinique dans notre quotidien, nous sommes tous amenés à croire à des phénomènes ou hypothèses qui sortent d’une vision scientifique du monde.

Nous sommes tous attirés, plus ou moins, par les phénomènes paranormaux. Ces croyances ne sont pas, bien entendu, significatives d’un trouble psychologique, c’est même un processus cérébral tout à fait normal. Notre cerveau recherche une attribution causale aux phénomènes et situations qui sortent de l’ordinaire.

Dans notre société de l’information et technologies du numérique l’esprit critique semble même prendre du recul face au développement des croyances en des phénomènes paranormaux. « L’esprit cartésien », qui prône la recherche de la vérité par la raison et les sciences, en prend un sacré coup.

L’astrologie, la croyance en une vie extraterrestre sous forme de petits bonhommes verts venus nous coloniser en secret, les marabouts, la télékinésie et autres croyances en tout genre ne se sont jamais aussi bien portés. Il suffit d’ouvrir son journal quotidien pour consulter son horoscope, l’astrologie est placée au même rang que l’analyse journalistique de l’actualité, la géopolitique…

D’après les travaux d’Henri Broch, en France 48% des gens croient à l’existence d’un ou plusieurs phénomènes paranormaux. 50% des professeurs d’Université croient à ces phénomènes alors que 80% des agriculteurs les rejettent. Les gens de la terre sont souvent plus adeptes du bon sens. Ce que ces travaux nous démontrent c’est que le niveau de scolarité ne semble pas jouer un rôle protecteur contre ce type de croyances comme on pourrait intuitivement le supposer. Il apparaît donc crucial de former les jeunes à adopter une pensée critique rationnelle. L’éducation nationale et les médias ont bien entendu un rôle à jouer mais n’oublions pas que le premier canal d’information reste les parents. Il revient à nous parents d’armer nos enfants d’outils de réflexion capables de les éclairer face aux dangers que représentent les diseurs de bonne aventure.

Un autre phénomène très répandu au sein de notre communauté est la propension à croire aux théories du complot. Elles refont surface à chaque événement marquant de l’actualité : 11 Septembre, assassinat de John F. Kennedy, tuerie de Charlie Hebdo, influence des Illuminati, l’affaire DSK, la zone 51, les « chemtrails » des avions… nombreux sont ceux qui mettent en doute les versions officielles. Les adeptes des théories du complot ont la profonde conviction que les versions officielles concernant l’origine d’un évènement est falsifiée par le ou les vrai(s) responsable(s). D’ailleurs 8 Français sur 10 croiraient à au moins une théorie du complot. A n’en pas douter les énoncés conspirationnistes séduisent un grand nombre d’entre nous. Face à cette augmentation des théories complotistes considérablement amplifiées par internet les psychologues se sont penchés sur la question. Ils ont découvert que ces idées n’étaient pas fatalement délirantes mais qu’elles étaient le résultat de biais cognitifs largement répandus dans l’espèce humaine. Le cerveau humain cherche à tout prix à donner du sens aux coïncidences. En accordant du sens à des détails insignifiants, en associant des événements distincts concomitant notre cerveau nous incitent à travers ces biais à imaginer que les choses ne sont pas ce qu’elles semblent être. Le phénomène est donc naturellement compréhensif. A n’en pas douter la vérité est ailleurs…