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Polytoxicomanie dans l’air du temps

Par le Pôle Psychothérapique

Classiquement la polyconsommation est synonyme de polytoxicomanie et elle se définit par une consommation régulière de plusieurs substances psychoactives.Le DSM IV (Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux ) en précise les critères : au moins trois substances sans consommation prévalente d’un produit, et ceci minimum 12 mois, , en prenant la précaution de préciser qu’aucune d’entre elles n’est prédominante.

Les stratégies de prise en charge de ces patients visent généralement la réduction de la consommation d’une seule substance. Toutefois, les patients addicts sont de plus en plus consommateurs d’au moins deux produits. Les jeunes expérimentent et consomment alcool, tabac, cannabis de façon précoce et autres substances illicites ou médicaments psychotropes. Cette polyconsommation complique la prise en charge: difficultés de mener des sevrages multiples, simultanés ou séquentiels, apparition de consommations de substitution (alcool après sevrage des opiacés), usage détourné des prescriptions de benzodiazépines utilisées pour les sevrages, problèmes sociaux multiples associés, etc.

C’est dans ce contexte que la Clinique doit travailler à la définition de stratégies de soin pour établir un plan personnalisé à chaque patient. Celui-ci sera suivi au cours de la (ou des ) hospitalisations du patient..

La stratégie de soin doit prendre en compte plusieurs aspects du patient :

1) Le parcours personnel addictif

La description de la trajectoire permet de repérer les séquences de consommations (festive,

Auto-thérapeutique, toxicomaniaque …), la variété des produits, et les événements intercurrents.

Avec l’association de produits, la recherche d’effets peut répondre à une fonction de maximalisation en tentant de tirer les effets positifs de l’association de plusieurs substances, ou à une fonction d’équilibrage des effets qui se corrigent mutuellement. Le consommateur vise l’objectif d’adapter à tout moment les effets ressentis aux fluctuations des contextes ou à son désir d’expérimenter des états différents. Par là même, il cherche également à en maitriser les effets négatifs.

2) Les aspects contextuels

Les situations socio-économiques et culturelles dégradées et tout particulièrement celles d’exclusion ou de rupture scolaire favorisent le contact avec les drogues. Les jeunes qui sont actuellement dépourvus de statut social, en retrouveraient un dans la pratique qui fait l’apologie de la consommation des drogues .

Beaucoup de ceux-ci, se trouvent dans une situation de dévalorisation profonde, faute d’une distance satisfaisante aux adultes, faute de normes et de limites… Ils manifestent leur mal-être par des décompensations multiples à travers l’agressivité et le passage à l’acte. L’absence d’une réponse cohérente des adultes, en particulier de la part des parents, les entraîne à rechercher une réassurance agressive dans un espace ou une culture en rupture radicale.

La perturbation des liens familiaux contribue au recours aux substances ainsi que les habitudes de consommation ou la tolérance familiale pour le tabac, l’alcool ou de la drogue, l’usage de médicaments psychotropes chez les mères ou l’usage de substances diverses par les parents .

3) Les comorbidités psychiatriques et antécédents psychopathologiques

Les difficultés concernent essentiellement trois registres :

a) celui des troubles affectifs avec une grande fréquence des épisodes dépressifs

b) celui des troubles phobo-anxieux, restreignant le champ de leurs relations affectives et sociales les conduisant à un appauvrissement de leurs investissements proches

c) celui du registre paranoïaque à tonalité sensitive, sinon persécutoire ou passionnelle. Plus les troubles de la personnalité et les difficultés d’adaptation sont sévères, plus les consommations s’avèrent importantes et multiples. On observe un pourcentage important de sujets alexithymiques et des niveaux de conscience bas des émotions.

Les pathologies précoces de la petite enfance et les évènements de l’adolescence, les troubles du comportement, les troubles somatiques (malaises, …) sont des facteurs majeurs de vulnérabilité. Les troubles anxieux et les états de stress post traumatiques en sont les plus spécifiques. Leur sévérité aggrave le stress chronique et augmente la vulnérabilité aux événements. Les drogues venant rétablir un déséquilibre de l’homéostasie cérébrale.

Certains traits de personnalité (faible estime de soi, autodépréciation, timidité…) sont observés et le tempérament semble intervenir comme un ensemble d’attitudes, de conduites et de comportements stables dans le temps, dont certains comme la recherche de sensation, la recherche de nouveauté, la faible évitement du danger, le niveau élevé d’activités comportementales associés à de faibles capacités attentionnelles se sont révélés particulièrement prédictifs de la survenue d’un trouble lié à l’utilisation d’alcool et de drogues à l’adolescence.

La recherche de sensations fortes est une dimension de la personnalité, “qui tend à atteindre et à maintenir un niveau optimum d’activation élevé”. On observe une recherche de sensations fortes dans la psychopathie, l’alcoolisme et la toxicomanie chez les sujets hyperactifs, impulsifs et irritables .

Ces polyconsommations ne sont jamais banales même si elles sont dans « l’air du temps ». Plus fréquentes dans les populations vulnérables ( jeunes, population pathologique, précarisée, ou souffrant de troubles mentaux comme la bi polarité et la schizophrénie), elles se chronicisent et deviennent poly toxiques en l’absence de prise en charge intégrant soins psychologiques et addictologiques

Aucun modèle simple ne peut en rendre compte et chaque trajectoire mérite une compréhension particulière intégrant troubles de la personnalité et parcours addictifs, c’est ce à quoi nous nous employons au sein de la Clinique, lors de la prise en charge des patients.