back-home tremblay-01

Relation entre troubles de l’attachement infantile et troubles du comportement chez l’adolescent

Par le Pôle psychothérapie

On parle de troubles du comportement lorsque de l’agir non socialisé vient au premier plan et entraîne des dangers pour celui qui les présente ou pour autrui.( difficulté à se séparer, opposition, agressivité, colères, morsures entre pairs, agression sexuelle, fugue, errance, vol, repli sur soi, difficultés de socialisation, addictions, troubles du comportement alimentaire, tentative de suicide, conduites à risque, absence de compliance thérapeutique lors des maladies organiques).

Ils doivent parallèlement être décodés comme les manifestations des difficultés de l’adolescent pour s’assurer de sa valeur et de l’estime de soi, même si l’étiquette de pathologie psychiatrique a tendance a masquer ce facteur essentiel. L’une des clefs thérapeutiques dans ce décodage provient de la compréhension des troubles du lien primaire et d’une tentative de réparation au présent.
Il existe des Interactions précoces, attachement, estime de soi. Pour se sentir exister chaque être humain doit être assuré d’une estime de soi suffisante.
Comme nous le rappelle la théorie de l’attachement (Bowlby), le nourrisson est aux prises avec deux besoins en apparence contradictoires : un besoin essentiel de proximité, associé très vite à un besoin d’explorer l’environnement. La possibilité d’accéder à une autonomie d’action mais aussi de pensée, adéquate en fonction de l’âge, et la construction de l’estime de soi, sont très liées au type d’attachement développé avec les parents. Plusieurs options existent :

Un attachement sécure se met en place lorsque le nourrisson expérimente qu’il peut compter sur son parent quand il a besoin d’être consolé ou réconforté ( image d’un autre fiable, bonne image de lui-même). On trouve ici les prémices du lien entre estime de soi et estime de l’autre. La capacité de se séparer et d’explorer l’environnement sera facilitée. Il est un pré requis à l’accès à la santé mentale.

Un attachement insécure (angoissé ou ambivalent) se met en place lorsque le parent témoigne d’une certaine attention, mais présente des attitudes imprévisibles.
L’enfant n’est pas sûr de pouvoir toujours compter sur le parent ni de compter pour lui.
Dans ce cas la capacité de se séparer et d’explorer l’environnement est problématique. L’angoisse de séparation et les troubles du comportement qui l’accompagnent peuvent être décodés comme une tentative de maintenir avec ce parent un lien perçu comme essentiel à la construction et au soutien de l’estime de soi. Lors de confrontations ultérieures à une situation d’insécurité, les émotions génératrices d’angoisse d’abandon et d’attaque de l’estime de soi seront facilement activées et se traduiront entre autres par des troubles du comportement.L’adolescent pourra accepter ou solliciter de l’aide mais le fera souvent de façon maladroite ou déconcertante.

Un attachement évitant se constitue lorsque le parent est agressif et méprisant de façon régulière. L’enfant est sûr de ne pas pouvoir compter sur le parent, ni de compter pour lui.
Il tente de s’organiser pour survivre face au modèle de rapport de forces qui lui est offert, en évitant d’exprimer ses émotions et ses besoins. Dans l’attachement évitant les bases de l’estime de soi sont gravement perturbées par la difficulté ou l’impossibilité à accéder à l’estime de l’autre. Les relations ultérieures sont marquées à priori non seulement par la méfiance et la crainte d’être dominé mais par le désir de s’imposer à l’autre comme s’il s’agissait de la seule façon de s’assurer de sa valeur, de sa place et au-delà, de son existence même. L’enfant (puis l’adolescent et l’adulte) aura tendance à décrypter toute relation comme un rapport de force porteur d’un danger de disparition, et s’organisera pour y faire face, tentant de prendre le pouvoir dés que l’occasion se présente ou et en s’effaçant pour éviter la confrontation d’où la fréquence et la gravité des troubles du comportement.

Une proposition d’aide sera perçue comme un danger de prise de pouvoir et l’attention portée par un tiers sera suspectée de dissimuler d’autres objectifs que ceux énoncés. L’adolescent pensant qu’il ne peut compter que sur lui-même refusera toute aide ou tentera de s’en libérer au plus vite.
Le trouble du comportement pourra témoigner de la tentative d’éviter le danger (inhibition, fugue…), d’affirmer son pouvoir sur un plus faible (racket, viol…), de résister à ce qui est perçu comme une agression (un interdit de faire étant reçu comme un interdit d’exister, un regard comme une provocation).
L’adolescent peut aussi s’attaquer lui-même faute d’une estime adéquate (conduites à risque, tentative de suicide…) ou comme s’il témoignait ainsi d’une tentative de s’assurer d’un pouvoir (anorexie mentale…) Le comportement résiste là d’autant plus à un abord rationnel qu’il ne résulte pas d’une mentalisation.
Le temps de l’adolescence est particulièrement propice à une réactivation des émotions qui n’ont pu trouver une expression adéquate au cours du développement. Il n’est donc pas surprenant que les troubles du comportement puissent s’y exprimer avec une fréquence certaine.

Ces troubles semblent pouvoir se résoudre d’autant mieux que l’adolescent peut mobiliser un sentiment de sécurité et s’assurer de sa propre estime dans l’estime de l’autre c’est-à-dire qu’il est porteur d’un attachement secure.

En l’absence d’un sentiment de sécurité de base suffisant, c’est à la construction de ce sentiment dans les relations du présent que l’on devra s’atteler. Ce travail de soin est particulièrement difficile du fait d’une référence comme automatisée aux expériences relationnelles antérieures qui entraîne une résistance à toute relation d’aide.