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Troubles alimentaires atypiques

Par Bruno MARTIN, Psychologue

Lorsqu’on entend parler de troubles du comportement alimentaire (TCA), ce sont les termes d’anorexie mentale, boulimie ou de compulsion alimentaire qui nous viennent à l’esprit. Mais il existe un grand nombre de troubles du comportement alimentaire atypiques beaucoup moins médiatiques qui, tous types confondus, ont une fréquence plus grande que l’anorexie boulimie réunies. Il arrive que le médecin ne soit pas familiarisé avec. C’est pourquoi une revue de ces troubles que l’on observe parfois chez nos patients est sans doute très utile.

Au sein d’une première catégorie de troubles du comportement alimentaire dits « restrictifs », on peut citer l’anorexie mentale atypique. Présente chez les femmes de 25 à 45 ans, elle regroupe celles qui font tout pour ne pas trop manger et garder un poids limite très bas et perturbent ainsi grandement le fonctionnement hormonal, provoquent des aménorrhées, ou des règles rares et de courte durée. Cela représente l’origine d’un cas sur six de stérilité. Elles ne cherchent pas à maigrir plus mais ne voudraient pour rien au monde grossir d’un seul kilo.

Moins courantes dans la Nièvre, les restrictions chez les sportives pour obtenir de meilleures performances amènent à sauter un ou deux repas par jour. Elles risquent alors plus que les autres des ruptures tendineuses et des pertes minérales allant jusqu’à l’ostéoporose. Une autre forme de restriction est l’orthorexie. Ces personnes éradiquent de leur alimentation « tout ce qui est mauvais pour la santé » tout en exagérant les autres aliments et créent ainsi une dégradation de leur vie sociale et familiale. Ce comportement est sous tendu par une angoisse quasi hypocondriaque de la maladie et de la mort.

Quant à l’anorexie post chirurgie bariatrique, elle concerne 5 à 10% des opérés, autre T C A atypique et elle s’articule autour d’une peur de re-grossir. Autre comportement atypique, le vomissement induit, chez les personnes pensant avoir trop mangé (sans réalité), chez celles qui ont peur de vomir à un moment inopportun (ex : en dormant), ou chez celles qui ont une peur inconsidérée d’être intoxiquée. Les raisons de vomir augmentent au fil des jours sans raisons évidentes. Dans le même registre, les phobies alimentaires intègrent une peur et un évitement irrationnel de certains aliments (ex viande, fromages, fruits de mer…). Ces aliments sont censés, à tort, avoir provoqué des troubles digestifs ou des allergies par le passé. Il arrive que ce type de patients supprime tellement d’aliments qu’ils deviennent porteurs de vraies carences chroniques en vitamines ou en acides aminés.

Une autre catégorie atypique est caractérisée par les troubles alimentaires hyperphagiques. L’hyperplasie prandiale, par exemple, voit la faim n’être jamais assouvie au cours des repas à cause de la relaxation excessive du muscle gastrique (excellents candidats à la gastroplastie). A ne pas confondre avec la compulsion prandiale causée par l’anxiété ou la dépression accompagnée du sentiment d’avoir « bêtement » trop mangé. La compulsion alimentaire « contrôlée » (20 à 30% des obèses ont cette compulsion) quant à elle se retrouve chez les personnes qui, chaque jour font une crise alimentaire de même nature et dans les mêmes quantités apportant du plaisir malgré la prise de poids (ex : tablette de chocolat de celui qui s’est arrêté de fumer). Cette compulsion accompagne souvent les régimes trop sévères. La peur du noir, l’angoisse nocturne, parfois en relation avec un trauma qui s’est passé la nuit, entrainent parfois des compulsions nocturnes entre une heure et 3 heures du matin. On trouve aussi les compulsions saisonnières apparaissant à l’automne et disparaissant à la fin de l’hiver liées à un état dépressif saisonnier.

Parmi un dernier groupe de T C A atypique, on peut citer les comportements de purge comme se faire vomir dans le but de contrôler le poids mais sans en perdre. Parfois les personnes sont prises dans une véritable addiction qui les pousse chaque jour à ce comportement. Certaines se font vomir chaque soir de peur de vomir pendant le sommeil. On peut aussi trouver, sans que ce soit un vomissement, le mérycisme (peur d’avaler) qui consiste à faire revenir dans sa bouche par sa seule volonté des aliments qui viennent d’être avalés. La potomanie qui représente le besoin de se remplir d’eau est un autre comportement de purge. L’individu peut ingurgiter plus de 10 litres par jour souvent lié à un besoin de manger inassouvi ou de nettoyer l’organisme d’aliments.

De rares personnes enfin, mangent des choses ou des objets qui ne sont pas des aliments en ignorant pourquoi elles le font : terre, sable, papier, cheveux…

L’ensemble de ces pathologies réagit souvent positivement aux thérapies cognitives comportementales pratiquées dans notre clinique.